La vitesse a lancé le match, la finesse prend le relais

Hier après-midi, les concurrents du Tour Voile ont quitté Saint-Malo le pied sur l’accélérateur. Quelques heures plus tard, après une longue boucle par Sercq, Granville puis un retour devant la cité corsaire au lever du jour, les voilà lancés vers le Taureau, au large des Héaux de Bréhat, avec toujours la même intensité. Cette deuxième étape de 180 milles ne cesse de changer de nature. Les premiers bords ont récompensé les équipages les plus rapides. La suite s’écrit dans un registre bien différent, où l’instinct, la lecture du plan d’eau et l’audace reprennent progressivement le dessus. Aux avant-postes, Région Bretagne – CMB Espoir a frappé un grand coup en prenant les commandes dans la soirée avant de réaliser une démonstration entre l’île de Sercq et Granville. Mais, les débats sont encore loin d’être refermés !

Région Bretagne – CMB Espoir change de rythme

Le début de course avait pourtant souri à Dunkerque – Kiloutou. Arthur Meurisse et ses équipiers avaient été les premiers à contourner Men Mar avant de voir Région Bretagne – CMB Espoir hausser progressivement le ton. Puis, sur le long bord reliant Sercq à Granville, l’équipage de Paul Loiseau a livré un véritable récital. Sans bénéficier d’une option particulière, les Bretons ont construit près de deux milles d’avance uniquement grâce à leur capacité à faire marcher leur Figaro Beneteau 3. « Ils sont passés derrière les Nordistes à la première marque puis ont pris l’avantage uniquement sur leur vitesse. Réussir à créer près de deux milles d’écart dans ces conditions, c’est relativement impressionnant », résume le directeur de course, Yann Chateau. Dans une vingtaine de nœuds de vent, les milles ont défilé à toute allure. À bord, le sommeil s’est invité par petites touches, le temps de quelques micro-siestes grappillées entre deux manœuvres, avant de replonger immédiatement dans l’action.

Quand la finesse reprend la main

Après Videcoq, le scénario a changé de registre. Finie la longue glissade où la cadence suffisait à faire la différence. Place aux contre-courants, aux effets de côte et aux trajectoires millimétrées. Pour préserver quelques dixièmes de nœud, les équipages sont allés chercher les moindres veines d’eau favorables, parfois dans des passages où les rochers semblaient un peu trop proches pour être totalement rassurants. « On vient de faire une belle séquence de rase-cailloux. On a dormi un peu, comme d’habitude, mais on est restés à fond. Je suis vraiment content de notre trajectoire. Il y a eu quelques passages bien chauds avec les pointes rocheuses… On a parfois serré un peu les fesses, mais c’est exactement ce qu’on aime en Figaro Beneteau ! », a raconté Arthur Meurisse dans une vidéo. Malgré les deux milles concédés à Région Bretagne – CMB Espoir, le skipper nordiste ne s’inquiète pas. « Ils ont pris un peu la poudre d’escampette, mais on ne va pas les laisser tranquilles. On va continuer d’attaquer. » La suite pourrait d’ailleurs redistribuer quelques cartes.

Une arrivée vers 15h en baie de Saint-Brieuc

En route vers le Taureau, attendu aux alentours de 13 heures pour les premiers, les stratégies commencent à s’affirmer. Certains préfèrent prolonger leur route au plus près du littoral pour limiter l’influence du courant, quand d’autres choisissent déjà de s’en écarter afin de récupérer le plus tôt possible la rotation du vent annoncée à droite. « C’est maintenant que les choix deviennent vraiment intéressants. Toute la question est de savoir jusqu’où rester protégé et à quel moment aller chercher cette bascule. Plus on la touche tôt, plus cela peut devenir payant », explique Yann Chateau. Il restera alors un dernier bord jusqu’à Plérin, au portant VMG, avec plusieurs empannages à négocier avant une arrivée attendue vers 15h30 pour les leaders, environ une heure plus tard pour les derniers. Une dernière séquence où chacun continuera à défendre ses chances, avec cette certitude que les derniers milles aiment parfois rebattre les cartes.