Trente heures à se chercher, trente heures à se répondre

Les paysages ont défilé. Les leaders aussi. Mais jamais la course ne s’est véritablement décantée. Pendant près de trente heures, les Figaro Beneteau 3 ont traversé quelques-uns des plus beaux décors de Bretagne, des Tas de Pois à La Plate, de Penmarc’h à Belle-Île, avant les derniers milles entre Groix et Larmor-Plage, tout en se livrant une bataille de chaque instant. Les transitions se sont succédé, les effets d’accordéon aussi, mais sans jamais rompre le fil du match.
Au terme des 168 milles de cette quatrième et dernière étape de ralliement, Région Bretagne – CMB Espoir s’impose une nouvelle fois et réalise sans doute la meilleure opération de cette 47e édition. Derrière, en revanche, tout se resserre. Grâce à sa superbe deuxième place, La Réunion revient à seulement six points de PAPREC by Normandy Inshore Program dans la lutte pour la troisième marche du podium provisoire. À deux jours du dénouement, ce cru 2026 du Tour Voile n’a sans doute jamais été aussi ouvert… derrière un leader qui, lui, continue d’impressionner.

Impossible de relâcher l’attention

Sur le papier, cette étape cochait toutes les cases du casse-tête. Sur l’eau, elle n’a pratiquement jamais laissé les équipages reprendre leur souffle. Vent synoptique, brises thermiques, courants, effets de côte, longues phases de transition… à peine un piège franchi qu’un autre surgissait déjà. « Il se passait tout le temps quelque chose », a résumé Lola Billy(Région Bretagne – CMB Espoir). « Une bascule de vent, un courant à négocier ou un concurrent qui tentait un coup. Nous nous sommes relayés sans arrêt et avons très peu dormi.» Personne n’est pourtant parvenu à faire exploser la flotte. « Du début à la fin, nous sommes restés au contact », a confirmé Émilie Bouchet (La Réunion). « On pouvait revenir de derrière comme se faire dépasser quelques minutes plus tard. Il fallait accepter que la course redistribue sans cesse les cartes. » Les effets élastiques ont bien existé. Aucun, pourtant, n’a réussi à créer la rupture attendue. Jusqu’à cette ultime molle devant Groix où les concurrents se sont retrouvés une dernière fois bord à bord. « On s’est tous retrouvés sous le vent de l’île, comme suspendus sur une eau parfaitement lisse. C’était hyper serré jusqu’au bout », a raconté Maé Cottereau. L’équipage de Seiko – Les Étoiles Filantes – Takhys, renforcé pour cette étape par Corentin Horeau, vainqueur du Tour de France à la voile 2018, a longtemps animé les débats avant de monter sur la troisième marche du podium.

Arrivées du ralliement Camaret-sur-Mer / Larmor-Plage du Tour Voile 2026, chenal du port, le 10 Juillet 2026, Photo © Jean-Marie LIOT / Tour Voile

Les victoires se construisent au détail

Sur ce ralliement, personne n’a trouvé l’ouverture décisive. Les écarts se sont construits comme un combat de boxe : à force d’enchaîner les petits directs plutôt qu’avec un seul uppercut. Région Bretagne – CMB Espoir a su saisir l’une des rares ouvertures du parcours. « Ce matin, nous avons pris une petite option qui nous a permis de conserver le vent un peu plus longtemps », a expliqué Lola Billy. « C’est ce qui nous a permis de prendre un léger avantage, mais sinon c’était un énorme combat, notamment avec Takhys. » Jusqu’au bout, les leaders ont dû rester sur le fil. Ils pensaient rallier Larmor-Plage un peu plus tôt. Avec la chaleur inhabituelle de ces derniers jours, les réserves d’eau se sont finalement révélées insuffisantes. « À partir de Groix, nous avons commencé à nous rationner. Les deux dernières heures ont été longues… » Un épisode qui résume assez bien cette étape : jusqu’au dernier bord, il a fallu composer, anticiper, s’adapter… jusqu’à compter les dernières gorgées d’eau.

Le général s’éclaircit… le podium s’embrase

Région Bretagne – CMB Espoir a frappé un nouveau grand coup. Grâce à cette victoire sur une manche dotée d’un coefficient 3, les Bretons confortent très nettement leur place de leaders et abordent les deux dernières journées avec une avance désormais conséquente. Derrière, en revanche, c’est un peu comme lorsque la porte du métro se referme : tout le monde veut encore monter à bord. Septième de l’étape, Dunkerque – Kiloutou abandonne de précieux points, tandis que La Réunion confirme son impressionnante montée en puissance depuis la mi-Tour. « Le podium est toujours accessible », a commenté Émilie Bouchet. « Six points, ce n’est presque rien. Il reste deux jours pour aller les chercher. » Une dynamique qui promet une fin de Tour particulièrement animée. Car si Région Bretagne – CMB Espoir possède désormais une avance confortable, derrière, personne n’a renoncé à quoi que ce soit. PAPREC by Normandy Inshore Program va devoir défendre chèrement sa troisième place, tandis que La Réunion arrive lancée avec une confiance grandissante. Et plus loin encore au classement, chacun entend conserver sa position ou grappiller une place supplémentaire lors des deux dernières journées de parcours construits et côtiers en rade de Lorient. Le premier a peut-être pris le large. Derrière, la cloche n’a pas encore sonné.

Arrivées du ralliement Camaret-sur-Mer / Larmor-Plage du Tour Voile 2026, chenal du port, le 10 Juillet 2026, Photo © Jean-Marie LIOT / Tour Voile