Les longues heures passées à jouer avec les transitions entre Camaret-sur-Mer et Larmor-Plage appartiennent désormais au passé. Après trente heures d’une étape de ralliement haletante conclue hier après-midi, les équipages du Tour Voile replongent dès ce samedi dans un tout autre exercice : les régates en rade de Lorient. Un changement de décor, mais pas forcément de difficulté. Car si les milles à parcourir seront bien moins nombreux, les pièges, eux, promettent d’être tout aussi redoutables. La Direction de course entend profiter du vent synoptique encore présent en matinée pour lancer deux parcours construits. Ensuite, les regards se tourneront de nouveau vers le ciel. Comme la veille, une longue phase de transition pourrait venir suspendre le jeu pendant plusieurs heures, avant une éventuelle mise en place de la brise thermique. Si elle répond présente, d’autres manches pourraient être disputées dans l’après-midi, voire un parcours côtier. Mais rien n’est encore acquis. Quelques cellules orageuses sont également annoncées en fin de journée et pourraient, elles aussi, rebattre les cartes.
Depuis le début de cette semaine bretonne, une leçon s’impose avec une étonnante constance : les fichiers météo donnent une tendance, rarement une certitude. Les équipages l’ont encore vérifié lors de l’offshore, où les transitions se sont succédé sans jamais suivre exactement le scénario imaginé à terre. Aujourd’hui plus que jamais, il faudra accepter de naviguer avec ce que le plan d’eau offrira réellement, et non avec ce qu’il était censé proposer quelques heures plus tôt. Observer avant d’anticiper, saisir les opportunités lorsqu’elles se présentent et savoir changer de stratégie en quelques minutes : voilà les qualités qui pourraient faire la différence.
À deux journées du terme de cette 47e édition, chaque point commence désormais à peser lourd. Région Bretagne – CMB Espoir a pris une option très solide sur la victoire finale, mais derrière, les positions restent loin d’être figées, à commencer par la lutte pour la troisième place où seulement six points séparent PAPREC by Normandy Inshore Program de La Réunion. Plus loin au classement également, personne n’a renoncé à défendre sa position ou à en conquérir une autre. Les grandes étapes offshore sont terminées. La dernière ligne droite, elle, ne fait que commencer. Dans les conditions annoncées, le meilleur ne sera peut-être pas le plus rapide, mais celui qui saura le mieux changer de partition au fil de la journée.
Arno Biston (Dunkerque – Kiloutou) :
« Je suis vraiment très heureux de retrouver toute l’équipe Dunkerque – Kiloutou. J’avais déjà beaucoup navigué avec Arthur (Meurisse) cette année et, quand il m’a proposé de revenir pour cette fin de Tour Voile, la réponse s’est imposée assez naturellement. J’ai déjà disputé deux éditions, dont celle de 2023 avec mon propre bateau, qui était aussi ma première course en Figaro Beneteau 3. C’est une épreuve à laquelle je suis très attaché, donc c’est toujours un plaisir d’y revenir. Et puis aujourd’hui, je navigue avec une sacrée équipe, donc je compte surtout profiter du moment. Les conditions s’annoncent assez atypiques. On va encore évoluer dans une journée de transition, avec un peu de synoptique, peut-être des orages, et surtout beaucoup d’incertitudes. Ce ne sont pas des schémas météo très classiques en Bretagne. Depuis plusieurs jours, le vent est très instable. Hier, par exemple, nous sommes restés complètement collés alors que des bateaux passaient à seulement quelques centaines de mètres de nous avec davantage de pression. Dans ces conditions, il ne faut surtout pas se raconter d’histoire : il faut observer, s’adapter et naviguer avec ce que l’on a sous les yeux. Au classement général, il reste encore potentiellement beaucoup de manches à courir. La première place sera sans doute difficile à aller chercher, mais notre objectif reste simple : éviter les erreurs, continuer à bien naviguer et prendre du plaisir. Si Région Bretagne – CMB Espoir nous laisse une ouverture, on essaiera évidemment de la saisir. »

Noa Goeffroy (PAPREC by Normandy Inshore Program) :
« L’offshore d’hier a clairement rebattu les cartes. La Réunion revient à seulement six points de nous après une très belle étape, alors que de notre côté nous avons connu une course plus compliquée. Forcément, ça met un peu plus de pression. Tout va désormais se jouer sur les deux dernières journées en rade de Lorient. Nous restons confiants. Nous avons une belle équipe et nous accueillons aujourd’hui un nouveau barreur, Marin Micoulot, qui arrive avec beaucoup de fraîcheur. Ça va nous faire du bien. Les conditions s’annoncent encore très ouvertes. On l’a vu hier devant Groix, avec cette longue transition qui a complètement rebattu les cartes pendant plusieurs heures. Aujourd’hui, le scénario pourrait être assez similaire. Nous devrions commencer avec une dizaine de nœuds de vent synoptique, puis ensuite… on verra. Depuis plusieurs jours, on apprend à ne plus naviguer avec ce qu’on imagine qu’il va y avoir, mais avec ce qui se passe réellement sur le plan d’eau. Il faut être extrêmement opportuniste. Tant que la ligne d’arrivée n’est pas franchie, rien n’est jamais joué. Nous l’avons encore vu cette semaine : des bateaux peuvent revenir de très loin en quelques minutes. C’est exactement ce qui rend ces manches aussi passionnantes. »

Nicolas Goumaz (CER – Ville de Genève) :
« Nous avons connu des hauts et des bas depuis le début du Tour Voile, mais nous sommes généralement plus à l’aise sur les parcours inshore. C’est une bonne nouvelle puisqu’il ne reste plus que deux journées de régates de ce type en rade de Lorient. Nous avons encore des choses à aller chercher, notamment face à Seiko – Les Étoiles Filantes – Takhys, même s’ils ont pris un peu d’avance grâce à leur très bel offshore hier. Notre objectif reste avant tout de bien naviguer. Le classement dira ensuite ce qu’il voudra. Les conditions s’annoncent encore assez ouvertes. Nous devrions courir dans le vent synoptique ce matin, puis peut-être basculer dans le thermique cet après-midi. Depuis plusieurs jours, on apprend qu’il ne faut surtout pas naviguer avec ce que l’on imagine, mais avec ce que l’on observe réellement sur le plan d’eau. Rien n’est figé. Il faut rester opportuniste, regarder ce que font les adversaires et s’adapter en permanence. C’est un exercice qui nous convient plutôt bien. Sur le Léman, nous avons l’habitude des vents instables et des changements de direction. Et puis il y a une autre priorité : continuer à prendre du plaisir. Nous sommes ici dans une logique de formation et de découverte. Toute l’équipe a énormément appris. Même lorsque les résultats sont un peu moins bons, ce sont souvent les journées où l’on progresse le plus. »
