Ils ont déjà laissé dans leur sillage les Tas de Pois, contourné La Plate au plus près des falaises, glissé vers Penmarc’h, débordé Belle-Île puis la bouée ODAS peu avant 7 heures ce vendredi matin. Autant de passages annoncés comme autant de juges de paix. Autant de décors à couper le souffle qui ont offert des images presque irréelles. Et pourtant, après plus de 150 des 168 milles de cette quatrième et dernière étape de ralliement du Tour Voile, rien n’est encore réellement joué. Région Bretagne – CMB Espoir mène toujours les débats, mais derrière, les poursuivants refusent obstinément de décrocher. Les trois premiers se tiennent en moins d’un mille seulement. À quelques heures de l’arrivée à Larmor-Plage, prévue aux alentours de 16 heures, le plus difficile reste peut-être à venir.
Les pièges sont passés… le suspense est resté
Sur le papier, cette étape avait tout pour fabriquer plusieurs courses. Les bascules entre vent synoptique et brise thermique, les passages à courant, les effets de côte… autant de pièges qui semblaient devoir fragmenter la flotte. Jusqu’ici, il n’en a rien été. « Les conditions sont restées assez homogènes et les équipages ont bien exploité les évolutions du vent », résume Yann Chateau. « Pour l’heure, ils tiennent parfaitement les timings des routages. Nous sommes exactement dans le tempo prévu. » Les difficultés n’ont donc pas disparu. Elles ont simplement été remarquablement absorbées par l’ensemble des marins. Résultat : alors que l’immense majorité du parcours est déjà derrière eux, les estimations continuent d’annoncer une arrivée particulièrement serrée.

Tout se jouera dans les derniers milles
La dernière grande explication s’annonce désormais entre la Teignouse, la presqu’île de Quiberon et Groix. Les Figaro Beneteau 3 vont chercher les contre-courants au plus près des cailloux avant d’affronter une ultime transition, lorsque le flux d’est laissera progressivement place à la brise thermique de sud-ouest puis d’ouest. « Il reste encore une vraie transition à gérer en tout début d’après-midi », rappelle Yann Chateau. « Les équipages vont devoir composer avec les courants, les cailloux et cette dernière rotation de vent. » Le genre de configuration où quelques longueurs de bateau suffisent parfois à inverser toute une hiérarchie.
Groix pour juge de paix ?
À l’avant, Région Bretagne – CMB Espoir conserve les commandes, mais rien n’est acquis. Dunkerque – Kiloutou reste en embuscade tandis que Seiko – Les Étoiles Filantes – Takhys signe une étape de très haut niveau. Avec Corentin Horeau à bord, l’équipage dispose d’un guide de choix. Vainqueur de la Solitaire du Figaro 2023 et du Tour de France à la Voile 2018, le Trinitain connaît ces eaux presque par cœur. Un atout qui pourrait compter au moment où les écarts ne se comptent plus qu’en longueurs de bateau.
Une chose est certaine : les paysages bretons auront tenu toutes leurs promesses. Le verdict, lui, attend encore son heure. Et dans une flotte qui navigue toujours bord à bord, une risée mieux exploitée, un contre-courant mieux négocié ou une transition franchie quelques instants plus tôt pourraient encore suffire à réécrire le scénario.
