Histoires de famille
Pères, fils et filles. Ils sont plusieurs sur le Tour de France à la Voile à régater en famille. Parfois sur le même bateau, comme Anne Knoll et son père Christian. Parfois non, comme Daniel et Matthieu Souben. Entre passion et transmission, des duos qui dégagent une même affection.
«
Je suis tombé dedans quand j'étais tout petit. » Sur le TFV, Matthieu Souben a barré Nantes - Saint Nazaire jusqu'à Royan. Son père, Daniel, est le skipper bien connu de Courrier Dunkerque. «
Il y avait un bon modèle devant ! J'ai grandi sur les parkings de régate et, à un moment donné, j'ai eu envie d'aller sur l'eau. Je me suis pris au jeu et j'ai fini par en faire mon métier. Je suis voilier. »
Anne Knoll, elle, a mis plus de temps à suivre les traces de son père Christian. On les retrouve à bord de Bienne Voile - SRS I. «
Ca fait cinq ou six ans que nous naviguons ensemble. Quand elle était petite, c'était difficile de la persuader de venir sur le bateau, en Suisse. Elle faisait de petites courses en Optimist mais n'était pas mordue. Puis, avant le bac, elle a dû faire un stage en France pour l'école. C'était en 2005 : elle est venue avec nous, dans l'assistance, en guise de stage. Là, je crois que ça a été le déclic. Au retour, elle m'a dit qu'elle souhaitait venir naviguer avec moi l'année suivante. »
La filiation est évidente, mais les deux pères affirment que ce sont d'abord les qualités de leur enfant qui ont été déterminantes. Christian : «
Avant qu'elle nous rejoigne, je lui ai dit qu'elle devait s'entraîner pour avoir plus de compétences. Elle a régaté avec nous sur le Farr, et aussi avec des copains. Depuis, nous avons fait quatre fois le TFV ensemble. Aujourd'hui, ses compétences véliques m'ont dépassées. Elle a beaucoup d'expérience et apporte quelque chose au bateau. »
Pas de favoritisme, donc. A plus forte raison pour les Souben, car Matthieu a navigué à haut niveau. «
Daniel s'est beaucoup occupé de l'encadrement des jeunes dans le Morbihan quand j'étais petit. C'était mon coach. Il s'est occupé de nous jusqu'à ma première préparation olympique en Tornado, en 2002 ou 2003. » Daniel confesse «
avoir essayé de ne pas faire de différence même si ce n'était pas toujours simple. Matthieu avait une situation privilégiée parce qu'à la maison, on parlait beaucoup bateau. Il pouvait poser ses questions. Mais au sein du groupe, c'était un coureur comme les autres. Que ce soit dur ou non, je ne faisais rien de spécial pour lui. » Alors, à quand un duo Souben à bord de Courrier Dunkerque ? «
J'attends la proposition avec impatience ! » Matthieu est enthousiaste. Son père aussi, mais il garde son regard de manager. «
J'aimerais bien naviguer avec Matthieu, mais la gestion père-fils n'est pas toujours facile. Avec Courrier Dunkerque, j'ai 15 personnes à gérer et il ne faut pas faire de différence dans une équipe. »
Car ce n'est pas toujours simple de se faire sa place quand on est le fils de, la fille de. Anne semble bien y être arrivée : à bord du bateau suisse, elle court plus d'étapes que son père. Elle a même déjà disputé l'épreuve sans lui. «
Sur le bateau, nous sommes des équipiers normaux. Je ne me sens pas comme sa fille, j'ai ma place à bord. » Même si elle avoue doucement le surveiller quand la fatigue se fait sentir : «
On prend soin l'un de l'autre. »
Alors, bien sûr, les résultats priment, mais rien qui n'efface leur tendresse mutuelle. Et surtout, la fierté paternelle ! Daniel, skipper du bateau dunkerquois deux fois vainqueur du TFV, affirme avoir «
toujours été fier des résultats de Matthieu. » Il le regarde en coin et sourit. «
Même si je ne l'ai pas forcément montré. » Même écho du côté suisse. Christian est carrément démonstratif. «
J'adore sa façon de naviguer. Anne a beaucoup d'endurance. La nuit, quand tout le monde dort, elle est encore là, elle fait marcher le bateau. Elle est toujours dedans, elle ne lâche jamais. »
Un passionné, deux passionnés ! Mais peuvent-ils discuter d'autre chose ? « Pas facile. Nous sommes tous les deux mordus du truc. On se fait souvent engueuler pendant les réunions de famille, » confie Daniel. Et Matthieu d'ajouter que « ce sont nos vies au quotidien ! On en vient vite à parler de réglages de mât. » Pourtant, à les regarder rigoler, une chose est sûre : comme Christian et Anne, ces deux-là partagent beaucoup plus qu'une passion commune.
Agathe Armand / Effets Mer