Le tour de la Bretagne au ralenti
« Ce tour de Bretagne, c'est notre col du Galibier... Mais cette année, il n'y aura pas de neige ! » William Borel, directeur de course, prévoit du petit temps pour ce ralliement entre les ports de Dahouët et de Lorient. Une étape emblématique dont le coefficient trois sera crucial pour la suite de la course. A vos marques, prêts...
Partez ! A 15h, les Farr 30 s’élancent. Ils quittent la baie de Saint-Brieuc et filent dans dix bons nœuds de vent. La bouée de dégagement est mouillée à 0,8 mille, au 10°. Oman Sail’s Renaissance pointe en tête, suivi de Nouvelle-Calédonie et de Groovederci. Les grosses équipes donnent déjà le ton ! Nouvelle-Calédonie, mené par Bertrand Pacé, quitte d’ailleurs les Côtes d’Armor en tête au classement général provisoire, suivi par TPM – COYCH et Courrier Dunkerque. Team SOG – Safran est toujours le leader étudiant et Ville de Genève – Carrefour Prévention, leader amateur.
Au programme, 202 milles du Nord au Sud de la Bretagne, dans du vent faible et des courants importants. Pour l’heure, le régime thermique du départ et le courant portant permettent aux concurrents de bien progresser vers le Nord-Ouest, équipiers au rappel dans les filières. Mais le vent devrait tomber dans la nuit, et les bateaux mouilleront sans doute au niveau des Héaux de Bréhat pour contrer la renverse du courant. Puis repartiront avec la renverse suivante, dans du vent de Nord-Est à Nord-Ouest de force deux à trois. Ce sera alors le chenal du Four, suivi du raz de Sein, véritables passages à niveau. La côte Sud devrait défiler sous spi, et les équipages sont attendus dans la matinée de vendredi à Lorient.
Les équipages ? Ils sont 27, car celui de Région de Bruxelles – Capitale va rallier Lorient par la route, son Farr 30 endommagé en remorque. Pendant ce temps, leurs concurrents entament ce marathon avec énergie. Une bonne tranche de large à laquelle certains n’ont pas pu résister ! C’est le cas d’Armel Le Cléac’h, venu prêter main forte à ses amis bretons. Deuxième du dernier Vendée Globe, récent vainqueur de la Transat AG2R, il embarque aujourd’hui à bord de Port de plaisance de Roscoff - CCI de Morlaix. Julien Berthélémé, le skipper, s’amuse de sa présence. «
Ca va lui faire réviser ses classiques, puisqu’il prépare la Solitaire du Figaro pour le mois d’août ! »
Ils ont dit
Julien Berthélémé, skipper de Port de plaisance de Roscoff - CCI de Morlaix :
«
C’est un peu notre étape ! Nous sommes contents de passer la Bretagne, car c’est chez nous. En plus, un grand copain du coin vient naviguer avec nous : c’est Armel Le Cléac’h. Même s’il n’y a pas de vent et que nous risquons de rester un long moment devant la maison…! Il va y avoir quatre grands passages à niveau avec les renverses de courant. Il y a d’abord les Héaux de Bréhat, où il y a pas mal de jus et où on peut s’abriter dans les cailloux. Et l’île de Batz, le chenal du Four et le raz de Sein. Il n’y a pas beaucoup de vent donc ça va beaucoup se jouer au courant. Il va falloir être vigilant pour aller chercher les contre-courants et s’abriter. »
Maël Troël, co-skipper de Normale Sup’ Lagardère :
«
Nous avons regardé les marées et toutes les météos possibles. Ca va être long. La météo ne veut rien dire car à un nœud près, tout changera. Nous verrons sur le moment. Il y aura plusieurs passages à niveau : un à Bréhat, et peut-être à l’île Vierge. A priori, nous partons pour 47 heures sur l’eau. Nous sommes passés sur un mode de long cours. Au niveau du sommeil, nous n’allons pas le gérer de la même manière que sur une étape normale. Nous ferons des quarts plus rapidement, et nous n’hésiterons pas à dormir un peu contrairement aux étapes de 30 heures où nous essayons de dormir le moins possible. Où dormir ? Ca dépend du vent. Ils ne prévoient pas de vent, alors nous irons sans doute à l’intérieur pour être au frais ! »
David Markey, régleur de génois de TU Delft :
«
Tous ceux qui naviguent ont dormi toute la matinée pour bien commencer le ralliement. Depuis deux jours, notre skipper et notre navigateur lisent le parcours pour connaître le vent. Nous, nous n’allons pas naviguer et nous préparons le bateau. Il faut changer un peu de choses : les bouts sont positionnés différemment, il y a beaucoup plus de lampes pour la nuit. Puis, quand ils partiront, nous allons rassembler notre camp pour rejoindre Lorient en voiture. »
Agathe Armand / Effets Mer